L’art de sculpter en héritage
PORFIRIO Steel
… l’art de sculpter l’héritage.
L’envie de créer me rongeait. Pas seulement le désir de sculpter, non : l’obsession de ressembler à mon père. Je voulais que mes mains, comme les siennes, fassent naître la beauté du bloc brut. Mais l’œuvre refusait de sortir. Elle était là, quelque part en moi, enfouie sous des couches de doute, inaccessible.
l’histoire
Puis il y a eu ce voyage. Les Dolomites, terre de mon grand-père, ce village de Bieno où le temps semble s’être endormi. Les enfants y courent encore derrière un ballon, leurs rires résonnant entre les murs de pierre, tandis que le vent porte l’écho d’un passé que je n’ai pas connu. Je me suis assis sur les marches de l’ancien théâtre, là où tout a commencé pour eux. Et soudain, tout est devenu clair.
Ce jour-là, j’ai compris que mon art ne serait pas une copie, mais un hommage. Un pont entre deux mondes : le granit obstiné des Vosges, qui m’a appris à aimer les angles droits, et les Dolomites, où mon grand-père m’a transmis l’amour des histoires sans détour. Mes toiles porteraient son prénom, Porfirio — mon second prénom, comme un sceau invisible entre nous. Et elles seraient marquées par la boucharde, cet outil qui a creusé leurs vies, qui creusera désormais mes œuvres non pour enlever, mais pour révéler.
Des formes simples. Des lignes pures. Unicolores. Comme les sculptures de mon père, dépouillées de tout artifice mais qui racontent tant d’histoire. Comme leur amour pour moi : droit, sans concession. Pas de courbes, pas de fioritures. Seulement des géométries franches, en mémoire de leurs mains de tailleur de pierre, et de leur départ du pays natal, le dos droit, la tête haute. Et puis, ces montagnes… Ces angles qui rappellent les Vosges, mes Vosges, celles qui m’ont vu grandir et qui, aujourd’hui, veillent sur mon travail.
